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À lire absolument notre nouvelle et très complète brochure «Kimyongur Bahar : Le dossier à charge»
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Un seul pas suffirait pour arrêter le compteur macabre !
Avant son incarcération, Bahar Kimyongür avait lancé un appel urgent à la constitution d'une délégation internationale en Turquie en vue de sauver la vie de l'avocat des droits de l'Homme Behiç Asçi, en grève de la faim depuis plusieurs mois en protestation pour les conditions de détention de ses clients. Il fut écouté mais Maître Asçi se débat encore entre la vie et la mort. Faisons du geste généreux de Bahar une victoire : Soutenons sa campagne ! [Lire]

 


«Les raisons de ma condamnation...»
par Sukriye Akar, prisonnière politique à Bruges


Le 28 février 2006, le tribunal de Bruges m’a jugé coupable et m’a condamné. J’ai été immédiatement arrêtée puis incarcérée. Le 7 novembre 2006, la cour d’appel de Gand a confirmé ma condamnation. Depuis je suis en prison. De plus, je suis soumise à un régime spécial d’isolement. Et le comble, c’est que ce traitement serait directement lié à mon “appartenance à une organisation terroriste dangereuse.”

Pour comprendre les raisons de ce crescendo répressif, une relecture du jugement s’impose.

 

sukriye

Mais je m’en tiendrai ici aux passages du jugement qui me concernent
.
J’ignore si j’ai fait preuve d’une naїvete extrême mais pour tout vous dire, le 7 novembre 2006, j’étais sûre de retrouver ma liberté et même d’être complètement acquittée. Je m’étais d’ailleurs préparée à ma sortie de prison notamment en rompant à l’avance mes commandes à la cantine. Si j’étais aussi convaincue de ma libération, c’est bien entendu parce qu’il y avait des raisons matérielles à cela. D’abord, contrairement aux constructions du procureur qui suppose ma présence dans l’appartement de Knokke-Heist, je n’y ai jamais mis les pieds. Cette vérité apparaît dans le dossier de manière incontestable. Par conséquent, il ne pouvait avoir d’autre issue que l’acquittement. La leçon que je tire de ce procès, c’est que quand un tribunal se fixe pour objectif de condamner quelqu’un, il finit toujours par y arriver.

Je tiens également à préciser que quand bien même j’aurais fréquenté le fameux appartement, ma condamnation ne serait pas plus juste ni équitable. Peut-on en effet me tenir responsable du matériel découvert dans l’appartement d’autrui? Si l’on suit cette logique on ne pourrait plus rendre visite à personne ou alors, il faudra préalablement fouiller le domicile de nos hôtes de fond en comble pour s’assurer qu’il ne s’y trouve pas de matériaux dont la possession serait illicite.

Du reste, que me reproche-t-on au juste? C’est la question à laquelle je vais  tenter de répondre.

1. J’ai oublié mon sac à main dans le véhicule de Musa Asoglu. J’attire  l’attention sur ce détail important, mon sac à main se trouvait dans sa voiture et non dans l’appartement. De toute manière, cette trouvaille ne constitue pas un délit en soi et par ailleurs, c’est un objet léger donc facilement transportable, ce qui ne prouve rien ni dans un sens ni dans l’autre. Dans ce sac, il y avait mon passeport, mon carnet de mariage et d’autres documents personnels.

Le juge de première instance avait affirmé que la personne qui montra son passeport à l’un des pompiers venus sur les lieux était moi ( la présence d’un pompier à l’appartement s’expliquerait d’après l’enquête policière par l’apparition d’une fine colonne de fumée provenant de l’âtre  de la cheminée de l’appartement de Knokke qui aurait inquété les voisins lesquels alors auraient alerté les pompiers. Toujours d’après la police, cette fumée se serait échappée par la fenêtre parce que la cheminée de l’appartement était obturée). Le juge d’appel a quant à lui dû admettre que cette personne là n’était pas moi. Mais cela n’a pas suffi pour m’acquitter. Le juge a dû ainsi faire preuve de beaucoup de créativité pour me condamner.

2. Dans l’un de ces procès-verbaux, la police prétend avoir retrouvé la note suivante attribuée à une certaine Yasemin déclarant: “Mon mari s’appelle Fikret Akar. Il est né le 15.01.1971 à Carsamba. Je vais également écrire quelque chose à mon sujet. Je suis en ce moment en route. J’ignore quand je vais arriver. Il me faudra acheter un ticket pour Rotterdam car mon retour était prévu via l’Allemagne mais je ne vais probablement pas emprunter cette route et viendrai probablement en Belgique.”

Je n’ai jamais écrit pareille note. Le juge prétend à partir de cette soi-disant preuve que mon nom de code serait Yasemin et que j’annoncerais par ce message mon arrivée en Belgique. Mais puisque j’utilise un nom de code, pourquoi utiliserais-je le véritable nom de mon mari? Dès lors, quel est l’intérêt d’utiliser un nom de code. Il faudrait vraiment être un attardé(e) mental(e) pour utiliser un pseudonyme et indiquer le nom, prénom, date et lieu de naissance corrects de son mari. Qui dans le monde se présente ainsi? Qui dans ce monde commencerait par décliner autant de détails de son mari pour se présenter? C’est si ridicule que la seule explication rationnelle serait que la police ait elle-même concocté ce message. Mon hypothèse est accablante bien que je ne puisse pas l’appuyer par des preuves mais franchement, qui d’autre aurait pu rédiger un message aussi farfelu? Cela ne serait pas exceptionnel puisque les autorités de ce pays ne se sont gênées pour vider leurs propres lois afin de livrer Bahar à la Turquie. Admettons que je sois assez sotte pour écrire une note aussi absurde: Elle ne prouve rien sur mon prétendu rôle dans l’appartement de Knokke et encore moins que j’y ai été active à plein temps.

3. Le juge se réfère à ma présence “accidentelle” au bureau d’information de Bruxelles aux côtés de Fehriye Erdal et Musa Asoglu lors de la perquisition policière menée le 1 avril 2004 dans ce même bureau.

En outre dans une déclaration faite à la police en 1999, Musa aurait dit: “Je connais quelqu’un du nom de Sukriye. Mais je ne dirai rien sur son séjour à Knokke.” Dans une autre déclaration datant de 2004, Musa arait déclaré: “Je ne trouve pas nécessaire de citer le nom de toutes les personnes qui travaillent au bureau (d’information du DHKC). Ce sont en gros les personnes que vous avez interpellé durant votre perquisition.”

a) Je me trouvais effectivement dans le bureau au moment de la perquisition policière, le 1 avril 2004. Cela dit, à cette époque-là, je travaillais de manière tout à fait légale pour une société privée à Amsterdam. Ce que j’ai pu aisement prouver en soumettant mon contrat de travail aux juges. Mais les juges n’en ont pas tenu compte! Ils ont rejeté mes arguments en ironisant: “travailler à Amsterdam lorsqu’on est domicilié en Allemagne...”

Ensuite pour appuyer leur version des faits, les juges ont conjecturé que “suite à la découverte de l’appartement de Knokke, il se pourrait qu’elle aie été en manque d’argent.” Cette phrase est une pure insulte à l’intelligence humaine. Car la découverte de l’appartement de Knokke date du 26 septembre 1999 alors que mon contrat de travail couvre une période qui commence le 18 février 2004 et qui s’achève le 17 mai 2004. J’ai travaillé pour la firme Sykes à Amsterdam pendant près d’un un et demi mais j’ai d’abord été embauchée via Creyff’s Interim. J’ai effectivement commencé à travailler pour Sykes sans passer par l’intérim partir du 18 février 2004. Notre juge en herbe affirme ainsi que 5 ans après l’affaire de Knokke, j’aurais travaillé pour subvenir à mes besoins  “des suites de la découverte de l’appartement de Knokke” ou que j’aurais travaillé à temps plein au bureau d’information du DHKC à Bruxelles alors que je travaillais à Amsterdam. Par conséquent, pourquoi n’aurais-je pas directement travaillé à Bruxelles?

b) La déclaration de Musa est très générale. Alors que je travaille à Amsterdam, pour faire en sorte que je travaille à temps plein pour le bureau d’information de Bruxelles, il faut vraiment être de mauvaise foi.

c) Il n’y a aucun rapport confondant entre l’opération de Knokke du 26 septembre 1999 et ma présence à Bruxelles le 1 avril 2004. Le fait que Musa Asoglu et Fehriye Erdal aient pu se trouver dans les deux endroits n’implique pas que j’ai travaillé à temps plein à Knokke! Cette construction est tout-à fait fantaisiste.

4. A Knokke, la police aurait découvert une pellicule dans un appareil photographique. Seulement, ces photos n’ont pas été prises à Knokke! Ces photos prouvent une seule chose: que j’étais une amie de Muse et de Kaya. Ce que je ne nie évidemment pas. Mon amitié avec ces deux personnes ne sont pas les affaires du tribunal. Notre amitié n’a rien de répréhensible.

5. Lors de ma plaidoirie, j’aurais prononcé cette phrase: “Je suis une révolutionnaire depuis toute petite et comme mon mari que je n’ai plus revu depuis des années, je consacre ma vie à mes idéaux (DHKP-C).”

a) C’est un énorme mensonge! Le juge ose même inventer une fausse plaidoirie pour pouvoir me condamner! Dans ma plaidoirie, j’ai précisé ceci: “Ma présence à Knokke n’a jamais été prouvée, ni par les relevés des empreintes digitales, ni par les temoins, ni par les photos qui n’ont même pas été prises à Knokke.”

b) Quand  bien même j’aurais prononcé cette phrase, cela ne prouve absolument rien: ni que j’ai fréquenté l’appartement de Knokke, et encore moins que j’y aurais travaillé à temps plein.

c) Encore une chose là-dessus: le juge me fait dire ce que je n’ai pas dis, mais en plus de cela mon mari est constamment impliqué dans tout ça…!

6) Page 89. : "Les enquêteurs ont trouvé dans l’appartement de Knokke, les empreintes digitales de Musa Asoglu, Kaya Saz, Fehriye Erdal et Zerrin Sari. Il n’y a pas d’ empreintes digitales de Sukriye Akar dans l’appartement de Knokke."


«Je passe aux aveux»

Si les juges se sont tant évertué à me condamner, c’est parce que j’ai commis un crime impardonable: le crime de ne pas croire aux mensonges et au miroir aux alouettes de ce système. J’ai commis le crime d’avoir défendu l’idée que la mondialisation néolibérale n’est et ne sera jamais vecteur de prospérité pour l’humanité, que le capitalisme n’est et ne sera jamais humain, le crime d’avoir dénoncé les massacres d’innocents perpétrés par les forces impérialistes et par le sionisme et d’avoir mis mes idées en pratique dans la mesure de mes modestes moyens.

Volà, j’ai décidé de passer aux aveux en déclarant haut et fort que l’ordre mondial actuel ne me ravit pas. Oui, je suis de ceux qui veulent changer le monde. Mon combat pour un monde meilleur est ma passion. Je trouve insupportable que des gens soient condamnés à vivre dans la faim et la misère tandis que les grandes campagnies transnationales amassent des bénéfices indécents. En Afrique, en Amérique Latine et dans de nombreux pays d’Asie comme l’Inde, des hommes ont du mal à se nourrir, n’ont accès ni aux soins médicaux, ni à un logement digne ni au droit à l’éducation. Un mur infranchissable sépare les nantis des exclus, y compris dans les pays riches.

L’Irak est saigné à blanc et, paraît-il, ce serait le prix à payer pour instaurer la “démocratie”... J’ai commis le crime de ne pas croire à ces contes de fée. Lorsque l’impérialisme parle de liberté, il sous-entend la liberté de coloniser. Ma conception de la liberté, elle, se fonde sur la souveraineté du peuple, sur la rupture du lien de dépendance économique et financière imposé par le FMI et la Banque Mondiale. Je rêve d’un autre monde et je crois dur comme fer à sa faisabilité. Je suis une internationaliste résolument solidaire des peuples tout en me consacrant à mon pays, la Turquie. Et c’est à partir de mon pays que je veux changer le monde. Le concept de “liberté” est certes très vaste.

Dans mon pays, il y a par exemple l’incortournable question kurde. Je souhaite qu’en Turquie, tous les peuples puissent parler leur propre langue et vivre leur propre culture. Il existe dans mon pays un réel problème de violation du droit des minorités nationales mais également religieuses. Parmi celles-ci, il y a les Alévis. Je plaide pour la liberté de culte. Que chaque communauté religieuse soit respectée: les Alévis dans son “djemevi”, les Sunnites à la mosquée, les Chrétiens à l’église, les Juifs à la synagogue...

Que chacun se recouvre la tête si elle le veut, où et quand elle veut, y compris sur son lieu de travail. Dans mon pays, il existe un problème de logement monstrueux en partie dû à l’exode rural. Cet exode concerne des paysans appauvris mais aussi des villageois victimes des exactions commises par les militaires. Les victimes de cet exode sont contraints de vivre dans des habitations de forture bâties en périphérie des grandes métropoles. Les quartiers précaires que forment ces habitations sont continuellement menacées par les forces de sécurité. En clair, l’État poste des vigiles autour des villas tandis qu’il envoie les bulldozers sur les masures. La population souffre d’un manque cruel d’infrastructure.

La dépravation gangrène la société comme jamais cela ne s’était produit auparant. Ainsi, la prostitution est devenue légion et les organisations maffieuses poussent comme des champignons sous les auspices des gangs nichés au sommet de l’État. Par ailleurs, les femmes sont victimes de nombreuses injustices comme l’inégalité salariale vis-à-vis des hommes, le manque de crèches, les violences conjugales et les crimes d’honneur.

Parmi les droits fondamentaux bafoués dans mon pays, je voudrais particulièrement souligner la santé et l’éducation. Alors que ces droits devraient être gratuits et garantis par l’État, ils sont complètement livrés au secteur privé.

Il y a également la question de l’environnement qui est plus qu’alarmante. La raison principale est la soif de profit des grandes entreprises qui polluent à outrance. Cette pollution n’épargne ni eau, ni terre, ni ciel. Pourtant, si on le voulait, on pourrait sauver la planète grâce aux sources d’énergie alternatives.

Ces problèmes ont une dimension globale et leur résolution l’est tout au tant. Voilà ce à quoi j’aspire. Est-il si criminel de défendre ces idéaux? Suis-je une terroriste pour autant? Si ça c’est du terrorisme, je l’assume pleinement. En vérité, je suis coupable depuis mon enfance. Car mon oncle que j’admirais beaucoup était un révolutionnaire et mon père avait naguère le même penchant à gauhe. Mais si j’ai opté pour le”terrorisme” actif, c’est plutôt grâce à mon mari. Il est actuellement incarcéré en Turquie depuis plus de six ans. Nous nous sommes mariés en 1993. Et c’est depuis 1994 que je tente de changer le monde. En Turquie, nourrir une ambition pareille conduit inévitablement à la prison.

A présent, cette règle s’applique aussi en Belgique.


Le Clea est un collectif citoyen visant à promouvoir un débat critique sur les nouvelles législations antiterroristes. Le cas de Bahar Kimyongür est exemplaire à cet égard. En vertu de ces nouvelles dispositions, non seulement les libertés d'expression et d'association sont mises à mal mais, en plus, l'avenir d'un homme qui n'a commis aucun délit et comdamné aujourd'hui à cinq ans de prison ferme, est gravement compromis.  
 
 
 

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«Un citoyen belge livré pour des raisons électoralistes à un régime pratiquant la torture ?»

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Actualité de Huxley
«(...) au moyen de méthodes toujours plus efficaces de manipulation mentale, les démocraties changeront de nature. Les vieilles formes pittoresques – élections, parlements, hautes cours de justice– demeureront mais la substance sous-jacente sera une nouvelle forme de totalitarisme non violent. Toutes les appellations traditionnelles, tous les slogans consacrés resteront exactement ce qu'ils étaient aux bon vieux temps. La démocratie et la liberté seront les thèmes de toutes les émissions (...) et de tous les éditoriaux mais (...) l'oligarchie au pouvoir et son élite hautement qualifiée de soldats, de policiers, de fabricants de pensée, de manipulateurs mentaux mènera tout et tout le monde comme bon lui semblera.»
Aldous Huxley, Retour au meilleur des mondes
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