Jump to main content
Clea

Clea
Comité liberté d'expression et d'association

S'exprimer, s'organiser, contester:
ce n'est pas du terrorisme !


 

 

- Interview de Bahar Kimyongür avec l'hebdomadaire "Solidaire" dans l'édition du 2 août 2006:

Affaire Bahar Kimyongür
«Je vais déposer plainte contre l'Etat belge»

Bahar Kimyongür, militant de gauche belge d'origine turque, est arrêté le 28 avril dernier aux Pays-Bas. Menacé d'extradition vers la Turquie, il est libéré le 4 juillet. Victoire d'une vaste mobilisation.

Julien Versteegh
02-08-2006

Bahar Kimyongür, citoyen belge, estime avoir été vendu par la Belgique et compte déposer plainte contre l'Etat belge. (Photo archives)

«J'ai été vendu par la Belgique aux autorités hollandaises» , nous dit Bahar. «La Belgique voulait visiblement se débarrasser de moi. Nous avons les preuves que ma visite aux Pays-Bas a été signalée aux autorités hollandaises par les services de renseignement belges.» Son arrestation relève d'un mauvais film d'espionnage. «J'étais en route pour participer à l'organisation d'une activité culturelle en Hollande. Une voiture de police banalisée nous a arrêtés. Il était 1h30 du matin. Ce que je pensais n'être qu'un simple contrôle de routine a fini par mon arrestation, le jour de mon anniversaire. Je me suis immédiatement mis en grève de la faim, pendant 15 jours» .

Bahar est sous le coup d'un mandat d'arrêt international et d'une demande d'extradition vers la Turquie, pour une affaire datant de 2000. Il lui est reproché d'avoir chahuté la visite au parlement européen du Ministre turc de l'Intérieur, Ismaïl Cem. Des compléments d'information sont demandés. La Turquie envoie un dossier assez mince. Bahar est inculpé d'offense à un ministre turc, d'appartenance à un comité de soutien à des prisonniers turcs et de collaboration au bureau d'information du DHKC à Bruxelles.

Mais la plaidoirie de ses avocats est excellente. «Ils ont rassemblé 180 arguments en ma faveur. Parmi ceux-ci, un rapport du département d'état américain faisant état de torture contre les opposants politiques en Turquie. Les juges ont vu que la définition que la Turquie fait du terrorisme ne correspond pas à mon profil.»

A l'audience du 4 juillet, Bahar n'en croit pas ses oreilles. Il est libéré. «Je m'imaginais plutôt le modèle d'avion qui allait m'emmener en Turquie. J'étais dans un état second. Je sortais de cinq jours de cachot pour avoir refusé une fouille anale. Cinq jours dans une pièce suffocante, quasiment sans lumière sans autorisation de promenade.»

Vaste mouvement
de solidarité

Malgré sa détention, Bahar dit n'avoir jamais ressenti la solitude. « Je recevais six à sept lettres par jour de ma famille, d'amis, de prisonniers turcs, de personnalités belges politiques, culturelles, académiques» Et de conclure: «Paradoxalement, cette détention a donné à mon combat démocratique une publicité qu'il n'a jamais eue jusqu'ici.»

Car c'est un vaste mouvement de solidarité qui s'est développé autour de son affaire. «Le CLEA (Comité pour la liberté d'expression et d'association) a fait un travail remarquable en mobilisant une large frange de l'opinion publique. Josy Dubié (Ecolo) a rencontré l'ambassadeur hollandais. Les sénateurs Pierre Galand, Jean Cornil (PS) sont venus me voir en prison. Les humoristes Dieudonné et Philippe Geluck m'ont également apporté leur soutien.» Sans compter les centaines d'anonymes.

Libre, Bahar ne compte pourtant pas en rester là. «Mon arrestation a impliqué les polices belges, néerlandaises et la Turquie. J'ai perdu deux mois de liberté. Tout cela pour rien. Je vais donc déposer une plainte contre l'Etat belge. Demander un dédommagement, cela fait partie du combat démocratique. Je suis un citoyen belge, c'est aussi un devoir pour moi de tenter d'élargir l'espace démocratique en Belgique.»

Mais avant, un autre procès l'attend: l'appel de sa condamnation sur base de la loi antiterroriste (voir encadré). « L'affaire sera rejugée le 11 septembre prochain, anniversaire de l'attentat contre les deux tours de New York. Ne pas mentionner que je défends une sensibilité de gauche et utiliser le mot terroriste, c'est directement m'assimiler à l'autre bord. C'est grave! Le 11 septembre, il ne s'agit pas de juger mes convictions mais bien mes actes. Et ceux-ci ont été de traduire et d'interpréter un communiqué ainsi que de m'opposer au discours d'un ministre turc que je n'ai ni agressé, ni insulté, ni entarté.»

A La Haye, un premier coup d'arrêt a été donné au démantèlement de ce que l'on appelle l'Etat de droit. C'est un encouragement pour toutes les luttes de défense des droits démocratiques. Mais quelle sera l'attitude des tribunaux belges?

Condamné pour la traduction d'un communiqué

Voilà plus de dix ans que Bahar Kimyongür met des bâtons dans les roues de l'Etat turc, connu pour son peu de considération envers les droits de l'homme. Sympathisant d'une organisation de gauche turque, le DHKC, Bahar a développé un intense travail de solidarité envers les quelque 4000 prisonniers politiques turcs. Son action se concentre sur «organiser des actions de sensibilisation, des missions d'observation, des films, des expos». Une partie de son travail consiste à traduire des bulletins d'information.

En 2004, Bahar traduit un communiqué du DHKC. Comme des dizaines d'autres chaque semaine. Mais depuis décembre 2003, la Belgique a voté une loi antiterroriste. Le DHKC est repris sur la liste noire de ces organisations, alors que ce mouvement n'a jamais commis la moindre action violente en dehors de la Turquie. Une instruction est ouverte, qui aboutira à un premier procès au cours duquel Bahar est condamné, en février 2006, à quatre ans de prison ferme. «Ma condamnation est le résultat d'une interprétation abusive de la législation antiterroriste par le procureur» dit-il. «Son argumentation reposait sur le simple fait que traduire un communiqué prouve mon appartenance et même mon rôle dirigeant dans l'organisation.» Il fait alors appel du jugement, suspendu jusqu'au 11 septembre prochain. Il est ensuite arrêté aux Pays-Bas sur base d'une demande d'extradition de la Turquie.

Soutenez Bahar le 11 septembre prochain

Bahar a encore besoin de votre soutien lors de son procès du 11 septembre. Pour plus d'information, consultez le site du CLEA, Comité pour la liberté d'expression et d'association: www.leclea.be