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Procès
en appel intenté contre 9 membres
présumés
du DHKP-C à
Gand
Comptes rendus
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Action
du Clea devant la Cour d'Appel de
Gand le 15/09/2006. Bahar Kimyongür
porte le signe distinctif des prisonniers
politiques dans les camps nazis
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Mardi 19 septembre 2006
SEPTIÈME ET DERNIÈRE
AUDIENCE DU PROCÈS EN APPEL
INTENTÉ CONTRE 9 MEMBRES PRÉSUMÉS
DU DHKC
À BAHAR KIMYONGÜR LE MOT
DE LA FIN

par Jean Flinker
Évidemment, les Bruxellois
venus assister à cette ultime audience
avaient emmené des éditions
matinales du Soir et de La Libre. A leur une,
la même info sensationnaliste : le rapport
d'une réunion secrète, initiée
par la Ministre Onkelinx en personne le 26
avril dernier, soit deux jours avant l'arrestation
de Kimyongür aux Pays-Bas. Lors de cette
rencontre de crise, vingt-cinq hauts responsables
de Cabinets et des différentes forces
de police s'étaient en effet accordés
pour livrer Bahar à la Turquie : "
Le parquet fédéral peut prendre
des contacts en vue d'arrêter Kimyongur
aux Pays-Bas [
] et examiner les possibilités
de l'arrêter sur la base du signalement
Interpol aux fins de le livrer à la
Turquie ".
Comme la dernière audience du procès
en Appel était, pour partie, consacrée
aux répliques des avocats de la défense,
Carl Alexander n'hésitera évidemment
pas. En replaçant le procès
dans sa dimension éminemment politique,
le défenseur de Bahar va faire référence
à ces articles de presse encore tout
chauds. Dénonçant les mensonges
répétés de "Madame
la Justice" (toujours efficace à
nier toute implication de la Belgique dans
l'arrestation du porte-parole du Bureau d'Information
du DHKC par la police hollandaise), Alexander
va plutôt insister sur l'importance
de la décision prononcée à
La Haye le 4 juillet : la remise en liberté
de Kimyongur n'exprime-t-elle pas l'indéniable
probité de la Chambre d'Extradition
néerlandaise dont il serait bien utile
ici de s'inspirer ? Apparemment touché
par cette invitation à "l'indépendance
d'esprit", le Président Loghe
va toutefois exiger illico "que la sérénité
règne dans les prétoires jusqu'à
la dernière minute". Une mise
en garde à peine déguisée.
Précédemment, Kris Vincke (pour
la partie civile) avait retracé la
quintescence de "la situation géopolitique"
de la Turquie, "un très beau pays,
encore menacé il y a peu par des pays
de dictature communiste, et où se sont
développées les activités
du DHKP-C et les influences islamistes. Dans
ces conditions, la Turquie ne se doit-elle
pas d'assurer à son peuple sécurité
et tranquillité, se battre, oui se
battre pour maintenir son système démocratique?".
Pas besoin de formuler la réponse
Jan Fermon, quant à lui, va synthétiser
l'ensemble de ses plaidoiries antérieures,
à la fois sur les questions de fond
posées par le procès et sur
les accusations portées contre son
client Musa Asoglu : "Ce tribunal n'a
pas à faire le procès d'un combat
mené dans un autre pays, où
l'Etat de droit n'est pas respecté
-quels que soient les moyens, même violents,
utilisés par le DHKP-C en Turquie et
qui se limitent à la Turquie. Il s'agit
d'un conflit intérieur à la
Turquie dans lequel la justice belge n'a pas
à intervenir. Asoglu ? Il n'a commis
en Belgique ou ailleurs aucun fait délictueux,
ni contre des personnes ou des intérêts
belges, ni contre des personnes ou des intérêts
turcs. Le tribunal doit donc adopter une juste
proportionnalité entre les faits réels
qui lui seraient reprochés et d'éventuelles
sanctions pénales". Raf Jespers
(avocat de Fehrye Erdal et de Kaya Saz) va
revenir sur la notion d'organisation criminelle
dont les critères, tels que repris
dans la législation, ne peuvent s'appliquer
au DHKP-C; sur l'état de nécessité
tel qu'il prévaut en Turquie, un pays
où les droits humanitaires ne sont
pas respectés (selon les Rapports réguliers
d'association comme Amnesty, Human Rights
Watch voire des organes liés à
l'Union européenne). "Le droit
à l'insurrection contre la tyrannie
est reconnu par la Déclaration des
droits de l'Homme, lorsque l'on se trouve
dans un Etat de terreur. Le débat sur
cette réalité reste toujours
l'objet de controverse? Permettez qu'il ne
soit pas tranché définitivement
par cette Cour".
L'après-midi (après l'intervention
déjà citée d'Alexander),
les juges entendront longuement Musa Asoglu
("Dans l'ensemble des plaintes déposées
devant la Cour de Justice de Strasbourg, 70%
concernent la Turquie", "50.000
personnes sont mortes ces trente dernières
années dans mon pays du fait de la
répression politique"
),
Kaya Saz et Sükriye Akar -trois condamnés
de la première instance dont l'entrée
et la sortie de salle, menottés, aura
toujours fait l'objet, à l'instar des
jours précédents, d'applaudissements
insistants et empathiques.
Dernier à prendre la parole, à
dénoncer une machination et son Procureur
: B. Kimyongür qui, pendant près
d'une heure, va démonter une à
une les accusations portées contre
lui par ce dangereux carriériste.
Tantôt, sur ce même site, nous
reproduirons la déclaration de Kimyongür
dans son entièreté.
En attendant, on
peut déjà noter: le jugement
de ce procès "pour l'exemple"
est fixé au mardi 7 novembre, 9 heures
du matin à la Cour d'Appel de Gand.
Prenez donc vos dispositions pour prendre
congé ce jour-là !
Vendredi 15 septembre 2006
CINQUIÈME AUDIENCE
DU PROCÈS EN APPEL
UNE VIDÉO CONTREDIT
LE
PROCUREUR DELMULLE
par Jean Flinker
Toute la journée de
ce vendredi a été consacrée
aux plaidoiries de Carl Alexander (pour Bahar
Kimyongür), Jan Fermon (pour Musa Asoglu)
ainsi que Raf Jespers (pour Fehriye Erdal
et Kaya Saz).
Pour Alexander, cest évident
: les faits reprochés à Bahar
sont délibérément montés
en épingle par le Parquet. La conférence
de presse du 28 juin 2004 où aurait
été volontairement lu un communiqué
«criminel» du DHKP-C? Rien ne
tient dans cette reconstruction de la réalité.
Pas seulement parce que quatre mois après
les faits, la ministre de la Justice avait
elle-même confirmé
publiquement le caractère parfaitement
légal de toutes les activités
menées par le Bureau dInformation
à Bruxelles. Mais preuve à lappui
: laprès-midi, à la demande
de la défense, la projection dun
document vidéo explicite ira complètement
contredire la version trafiquée racontée
par lineffable Delmulle et remettre
la vérité debout.
Les copies de documents didentité
au nom de Kimyongür retrouvés
à Knokke? Pour Alexander, ça
ne suffit pas pour établir une appartenance
à une association de malfaiteurs. Quant
à la définition du terrorisme,
de lacte terroriste, de lappartenance
à organisation terroriste, ce quen
dit la loi est des plus problématiques.
Fermon va reprendre cette thématique
: quand la loi ne précise pas clairement
quand vous commettez un acte délictueux
ou quand vous nen commettez pas, ça
ne va pas. Cest le principe même
de légalité de la loi qui se
pose. Tel est bien le cas avec la législation
antiterroriste de décembre 2003, qui
conduit désormais tout droit à
la censure judiciaire décrits
commentant des faits de violence. Même
si le tribunal le nie, donner une définition
du terrorisme, endéterminer les critères
revient à poser un jugement politique.
Or, dans toute cette affaire, on évacue
la politique par la porte (le procès
est correctionnalisé) pour la faire
rentrer par la fenêtre.
Quels sont les faits indéniables
qui se retrouvent dans le dossier dinstruction
«à charge» dAsoglu
et prouveraient sa participation «terroriste»
? A part la fameuse conférence de presse
du 28 juin 2004, le communiqué 335
qui y aurait été lu et le rôle
de porte-parole du Bureau dInformation
que Musa revendique
? Quoi dautres
? Rien. Aucun fait, ni en Belgique, ni en
Turquie, ni nulle part ailleurs. Or J. Delmulle
persévère à faire référence
continuelle à dautres activités,
prétendument liées à
lorganisation qualifiée par le
Parquet de «terroriste» (à
savoir, le DHKP-C). Raisonnement «imparable»
du magistrat fédéral ? «Asoglu
est lun des dirigeants du DHKP-C, et
je le prouve : il est le porte-parole du Bureau
dInformation». Cette tautologie
est dautant plus infantile et infantilisante
que si Asoglu occupait réellement ce
poste de chef-dirigeant, il naurait
pas été le 28 juin
le lecteur besogneux dun communiqué
de presse, quil ne sest pas empressé
de lire et dont il na dautorité
changé ne fut-ce quun iota.
Enfin Jespers est revenu sur la
qualification «démocratique»
que le Parquet et les juges de première
instance avaient décerné doffice
à la Turquie (selon eux «véritable
Etat de droit»). A travers de nombreux
exemples confondants, lavocat aura vite
fait de perforer ce masque dopérette
pour décrire des frasques autrement
tragiques : les exécutions extra-judiciaires
; létat durgence frappant
plusieurs régions du pays ; loccupation
illégale de Chypre ; le gouvernement,
les organes de lEtat, la Justice soumis
constitutionnellement à la tutelle
militaire
Contre un tel régime,
la résistance nest-elle pas légitime,
au nom de la souveraineté du peuple
? Pour Jan Fermon, il existe donc manifestement
un état de nécessité,
auquel lopposition politique progres!
siste ale droit de répondre. Pour le
Procureur par contre, il est insensé
quune organisation dextrême
gauche puisse même y penser: «Ce
nest pas au DHKP-C de dire ce que la
Turquie nest pas et ce quelle
devrait être». Ca se discute.
En tous cas, personne ne peut nier quavec
ce genre dassertion, cest Delmulle
en personne qui met la politique dans le prétoire.
Seize heures : le tribunal en
a assez. Le témoignage dune ex-détenue
des prisons attaquées aux lance-flammes
en décembre 2000 ne sera auditionné
que lundi. Si le président le veut
bien.
Selon toute vraisemblance, le
procès se terminera le mardi 19.
Lundi 11 septembre 2006
PREMIÈRE
AUDIENCE DU PROCÈS EN APPEL
COMPTE-RENDU DE LA
PREMIÈRE AUDIENCE
par Jean Flinker
Une bonne centaine de sympathisants.
D'abord tous obligés de passer
sous le portique du détecteur à
métaux. De retirer leurs chaussures
pour certains, leurs colliers et pendentifs
pour d'autres. Puis contraints de donner
leur carte d'identité (deux fois
photocopiées)... Prétexte
? Vous reconnaître plus facilement
(pour que vous ne perdiez, soi-disant,
pas de temps) quand vous irez récupérer
vos effets personnels déposés
dans un casier.
Une Chambre, trois juges, quatre prévenus,
dix avocats. Et une bonne centaine de
personnes dont les places sont désignées
"au faciès" par la police
: les Turcs ou apparentés au fond
de la salle ; les Blancs devant, aux sept
premiers rangs. On croit rêver,
on ne rêve pas.
Première journée.
Où rien n'est encore plaidé
sur le fond. Mais où les avocats
de la défense (Carl Alexander,
Paul Beekaert, Jan Fermon, Raf Jespers
,
notamment) vont déposer -devant
la Cour présidée par le
juge Loghe- une série de questions
préalables.
On peut les résumer ainsi.
L'affaire Erdal et consorts est fondamentalement
politique. Elle doit dès lors être
jugée devant un jury populaire,
en Cour d'Assises. Pas en Correctionnelle.
En première instance, le tribunal
de Bruges n'était pas une Chambre
correctionnelle normale. Elle s'est transformée
en tribunal d'exception, par la nomination
illégale à sa tête
du juge Freddy Troch, spécialement
désigné pour rendre un jugement
trafiqué. Dans ces conditions,
le premier jugement doit être frappé
de nullité.
La Turquie, qui entend se constituer partie
civile, n'a pas à l'être.
Si les juges acceptaient de lui reconnaître
ce droit, cela signifierait que l'avocat
de la partie turque agirait au sein du
tribunal comme un second procureur.
L'instruction de première instance
n'a pas été conduite à
charge "et à décharge"
; elle n'a pas été complète.
De la sorte, certains prévenus
n'ont pas eu droit à un procès
équitable, car des devoirs complémentaires
leur auraient permis de mettre en pièce
une série de prétendues
"preuves" avancées par
l'accusation.
De surcroît, le Procureur fédéral
Delmulle (qui tenait déjà
le rôle de représentant du
Ministère public) ainsi que le
susnommé Troch ont affirmé
le caractère éminemment
démocratique du régime en
place en Turquie, identifiée à
un véritable Etat de droit. En
fait, ces affirmations péremptoires
n'ont fait l'objet d'aucun débat
contradictoire -alors qu' on aurait pu
recueillir des témoignages sur
place auprès d'organisations humanitaires,
d'associations d'avocats, de détenus
politiques, de journalistes, de syndicalistes,
de représentants de minorités
opprimées
A toutes ces questions liminaires
(auxquelles les avocats demandent que
les juges du siège répondent,
avant que ne débutent vraiment
les plaidoiries), le Procureur du Roi
a évidemment tenu à rétorquer:
soit pour les réfuter formellement,
soit pour tout simplement les dézinguer.
A 18 heures déjà
fatiguée, la Cour décide
de suspendre ses travaux.
Pour rappel : neuf personnes
sont présentement poursuivies des
chefs d'association de malfaiteurs, d'infraction
à la législation sur les
armes, ainsi que de vol et de recel, voire
d'appartenance à une organisation
qualifiée de "terroriste".
Excepté Bahar (laissé en
liberté après sa condamnation
en première instance à quatre
années d'emprisonnement) ont comparu
ce jour Sükriye Akar, Kaya Saz et
Musa Asoglu. Depuis le 28 février,
ils sont incarcérés à
la prison de Bruges et soumis au régime
exaspéré de l'isolement,
des fouilles continuelles et des lumières
allumées chaque demi-heure (y compris
de nuit).
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Actualité de
Huxley
«(...) au moyen de méthodes toujours plus efficaces de manipulation
mentale, les démocraties changeront de nature. Les vieilles formes pittoresques
– élections,
parlements, hautes cours de justice–
demeureront mais la substance sous-jacente
sera une nouvelle forme de totalitarisme
non violent. Toutes les appellations
traditionnelles, tous les slogans
consacrés resteront exactement
ce qu'ils étaient aux bon
vieux temps. La démocratie
et la liberté seront les thèmes
de toutes les émissions (...)
et de tous les éditoriaux
mais (...) l'oligarchie au pouvoir
et son élite hautement qualifiée
de soldats, de policiers, de fabricants
de pensée, de manipulateurs
mentaux mènera tout et tout
le monde comme bon lui semblera.»
Aldous Huxley, Retour au meilleur des mondes |
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