-Acquittement
pour Bahar !
-Non aux législations antiterroristes
qui menacent nos libertés !
-Non à la criminalisation de la contestation
!
Au niveau international, la guerre mondiale
de G. W. Bush contre le "terrorisme"
constitue dans les faits une attaque majeure
contre le droit
à la résistance à l'oppression.
Les citoyens belges ont le droit d'en être
informés.
La population palestinienne a voté
massivement en faveur du Hamas ; l'Etat
israélien arrête des ministres
palestiniens car il les considère comme
les membres d'une organisation terroriste.
Le Hezbollah connaît un soutien populaire
sans précédent au sein de la
population libanaise et dans tout le monde
arabe depuis qu'il a résisté
et survécu à l'attaque de l'été
dernier. Dans un même temps, Israël
et les USA présentent ce mouvement
comme terroriste.
En Turquie, le DHKP-C est défini par
le gouvernement comme un groupe terroriste.
Celui-ci rétorque que c'est l'Etat
turc qui terrorise sa propre population.
Qui a raison, qui a tort ?
Les Palestiniens ou les Israéliens ?
Ceux qui se font exploser dans des bus ou
ceux qui tirent sur des enfants ? Bush
ou Nasrallah ? L'Etat turc ou le DHKP-C ?
Le Clea, d'un point de vue collectif, ne répond
pas à ce type de questions : parce
qu'il n'y a pas d'unanimité sur ces
sujets en son sein ; parce que ce n'est pas
ce questionnement-là qui retient avant
tout notre attention. Ce que nous pouvons
dire à ce propos, c'est la formulation
d'une constatation.
Plus que jamais, depuis les attentats du
11 septembre 2001, le caractère politique
des luttes violentes contre la violence
des
États est nié par ces mêmes
Etats. Pendant la Seconde guerre mondiale,
les envahisseurs allemands qualifiaient les
actes de résistance armée
d'actions terroristes. Or, après
la défaite
des Nazis, les terroristes sont devenus des
héros. Le qualificatif donné
à tel ou tel groupe d'opposition est,
en fait, le résultat d'un rapport
de forces. Aujourd'hui, on le remarque
clairement,
les pays occidentaux, les pays riches se
rangent derrière la bannière
américaine
en clamant leur supériorité
démocratique et en dénonçant
leurs opposants comme "terroristes" ;
ce qui empêche toute discussion sur
les raisons de la violence, de la résistance
à leur politique et sur leur propre
action. Or, les citoyens belges ont aussi
le droit d'en être informés.
Très précisément, dans ce cadre, le Clea
informe la population sur l'action
de certains
de
ces "terroristes"
qui se définissent comme des "résistants"
et diffuse leurs paroles afin de permettre
aux citoyens belges de redécouvrir
le caractère politique de leurs
combats, pour qu'ils puissent mieux se
positionner
à propos de conflits internationaux
dont certains aspects sont masqués
par nos dirigeants.
En prenant pareilles positions, l'Etat belge
devient, de fait, un des protagonistes de
cette nouvelle guerre mondiale menée
par W. Bush. Il a choisi son camp, avec comme
conséquences concrètes la remise
en cause de droits normalement reconnus à
tout citoyen de notre pays.
Au niveau belge, la loi contre le terrorisme
remet en question la liberté d'expression
et d'association, le droit à la contestation.
Qui sont le vrais terroristes ?
Demandez
aux gens dans la rue.
Pour
les
uns,
ce sont les États-Unis qui bombardent
des pays entiers avec les armes les plus
destructrices
jamais inventées par l'homme ;
c'est Israël, qui colonise les territoires
palestiniens et abat des enfants qui repoussent
Tsahal avec des pierres. Pour certains, c'est
l'Etat turc qui opprime les Kurdes et torture
plusieurs milliers de prisonniers politiques.
Pour d'autres, c'est le Hamas qui commet
des
attentas suicides ou le DHKP-C dont les unités
combattantes exécutent des policiers
tortionnaires et des truands de la maffia.
Bref, chacun produit sa propre analyse politique
d'une situation lointaine en fonction des
informations dont il dispose et de ses convictions
intimes. Dans notre pays, des gens prennent
parfois la parole pour défendre l'un
des protagonistes d'un conflit dans le monde
ou manifestent collectivement leur soutien
à certaines causes. Il s'agit là
de l'exercice de libertés conquises
dans notre pays à la suite d'âpres
luttes par le mouvement ouvrier et qui font
que l'on qualifie la Belgique d'État
démocratique.
La liberté d'expression : notre pays
s'enorgueillit toujours d'être l'un
de ses plus fidèles partisans, comme
l'avis quasi unanime formulé par nos
élites pour dénoncer les violences
ayant fait suite à l'affaire des caricatures
du prophète Mahomet semble le démontrer.
Pourtant, l'attitude de l'Etat belge semble
plutôt être celle du "deux
poids, deux mesures"...
Le procès
du DHKP-C, dont le verdict en appel a lieu
ce 7 novembre et dont Bahar Kimyongür
est l'un des prévenus, en constitue
l'illustration parfaite. Des autorités
politiques, judiciaires et policières
de notre pays se sont ainsi entendues pour éradiquer,
dans le futur, toute possibilité d'expression
à l'organisation communiste turque,
pour
éliminer ses membres de la scène
publique en les emprisonnant, pour organiser,
en violant la loi,
l'extradition de Bahar Kimyongür vers
la Turquie en passant sous-traitance avec
la police néerlandaise.
Les élites dirigeantes de l'État belge
ont choisi. Pour le procureur fédéral
Johan Delmulle, la Turquie est une démocratie ;
en conséquence, le DHKP-C est un
groupe terroriste.
Un débat politique se retrouve donc
dans les tribunaux plutôt que d'avoir
lieu dans l'arène publique et
est présenté
comme une affaire de banditisme. Le Clea
dénonce
cette situation : si l'Etat turc peut diffuser,
en Belgique, à grande échelle
sa propagande vantant ses avancées
démocratiques, le DHKP-C a également
le droit à une tribune politique, comme
cela a été le cas pendant plus de dix
ans dans notre pays. C'est une aberration
que de refuser le droit à l'expression
dans un pays, notre pays, qui se présente
comme une démocratie. Mais cette
contradiction flagrante au sein de la
démocratie
est rendue possible par l'usage d'un nouvel
arsenal juridique, copié
de l'administration Bush ; en particulier,
par
l'utilisation de la loi antiterroriste
de 2003.
Dans ce cadre, le Clea prend fermement
position car la jurisprudence que certains
s'efforcent à faire sortir du procès DHKP-C
est une menace pour tous les citoyens.
On se retrouve, en effet, dans la configuration
suivante : Bahar, un citoyen belge qui
n'a
jamais commis le moindre délit ou crime
en Belgique, en Turquie ou ailleurs ni n'a
eu l'intention de commettre pareil acte risque
plusieurs années de prison ferme chez
nous. Son appartenance à une organisation
qui agit en respectant le cadre légal
belge mais dont la branche armée use
sporadiquement de violence, toujours ciblée
et en Turquie uniquement, pour répondre
à la violence d'Etat est reprise
par ses accusateurs comme base pour "établir",
par voie de présomption audacieuses,
sa condamnation.
Bahar Kimyongür, qui risque sept ans
de prison ferme, a des convictions politiques :
il est communiste. Il agit concrètement
dans notre pays pour défendre son
idéal
: il dénonce la situation des prisonniers
politiques en Turquie en organisant des
conférences
de presse, des manifestations, en interpellant
des personnalités politiques. Il
le fait dans le cadre du bureau d'information
du DHKC à Bruxelles, une institution
appartenant à un mouvement plus
général d'associations diverses, dans
la mouvance du parti DHKP
(cette
mouvance organisant également des
syndicalistes, des avocats, des musiciens,
les familles de prisonniers politiques,
etc
).
En réalité, le tribunal de
Gand n'a pas vraiment jugé les
faits imputés
à Bahar, puisque les griefs imputés
relèvent de la liberté d'expression
et d'association. En revanche, en prenant
position sur la situation en Turquie, il
à tiré des
conclusions sur les opinions et l'«appartenance»
de notre compatriote.. Ainsi, par l'usage
de la loi antiterroriste, une opinion contestataire
et sa diffusion
sont criminalisées, ce qui
constitue une menace pour chacun.
En démocratie, même
si elle ne plaît pas aux élites,
une opinion doit pouvoir d'exprimer.
Musa Asoglu, également
inculpé de “terrorisme” pour
avoir été actif au sein du
même Bureau d’Information, a été lourdement
puni en tant qu’accusé principal.
Il a en effet écopé de six
ans de prison ferme en première instance.
Pourtant, n’est étayée
par rien l’accusation qui pèse
sur lui : avoir eu l’intention de commettre
un acte de violence en Belgique ou à l’étranger
. Il y a sept ans, Musa Asoglu avait été surpris
en possession illégale d’arme
et de faux documents. Un contexte particulier
explique cela : la présence de tueurs à gage
et des services secrets turcs à la
recherche de la jeune étudiante, ayant
trouvé réfuge en Belgique,
Fehriye Erdal.
À
cette exception près, toute son activité politique
a été parfaitement démocratique
et légale. Pourtant, aujourd’hui,
le Parquet fédéral tente par
tous les moyens de le châtier pour
son activité d’opposant à l’Etat
turc, aussi légale fût-elle.
Musa Asoglu –soumis, à l'instar
de ses compagnons Kaya Saz et Sükriye
Akar, à un régime de coercition
inhumain et dégradant (fouilles anales,
isolement total, réveil toutes les
demi heures, visites limitées à la
seule famille)–, ne s’est jamais
soustrait à la justice et assume la
reponsabilité politique principale
dans cette affaire, au nom d’un combat
politique.
Qui trouve que tout va bien dans le monde
et dans notre pays actuellement ? Personne.
Il est donc normal, légitime de critiquer
l'ordre établi, de contester et de
s'organiser pour faire évoluer les
choses. Avec les nouvelles lois dont s'est
doté notre État, ces libertés
démocratiques sont aujourd'hui gravement
menacées. Un syndicaliste, un altermondialiste,
un communiste
peuvent désormais
voir leurs combats d'opposants délégitimisés
politiquement, stigmatisés et criminalisés.
C'est la raison pour laquelle il est plus
que nécessaire que tous les citoyens
se mobilisent autour du cas de Bahar Kimyongür
qui symbolise les dangers que la lutte contre
le terrorisme fait peser sur nos libertés,
et demande son acquittement. En l'espèce,
un verdict de culpabilité servirait
de dangereux précédent et nourrirait
une jurisprudence délétère.
Il est donc fondamental de dénoncer
l'usage des lois antiterroristes qui mènent
tout droit à des procès correctionnalisés
alors qu'ils sont éminemment politiques.
Conclusions
Derrière le combat entre Delmulle,
le procureur hors-la-loi, et Kimyongür
se cachent donc des problématiques
fondamentales.
Une jurisprucence d’exception
En l'espèce, un verdict de culpabilité à l’encontre
de Bahar Kimyongür et de Musa Asoglu
servirait de dangereux précédent
et nourrirait une jurisprudence délétère.
Il est donc fondamental de dénoncer
l'usage des lois antiterroristes qui mènent
tout droit à des procès correctionnalisés
alors qu'ils sont éminemment politiques.
Quel que soit le
jugement qui sera prononcé le 7
novembre,
celui-ci déterminera un certain état
de notre démocratie. Peut-on encore
exprimer un point de vue contestataire
en
Belgique ? Telle est la question qui
est posée aux juges de la Cour
d'Appel de Gand.
Mais ce jugement ne se limite pas à
deux seules personnes, sept autres étant également
poursuivies dans cette affaire. Si la Justice
belge
les condamne,
elle aura prononcé en correctionnelle
une sentence sur des faits politiques,
ce qui constituerait nouvelle menace pour
ceux qui
expriment un
autre point de vue politique dans notre
pays que celui des gouvernants. Si la
Justice belge
les condamne, elle aura prononcé une
sentence politique sur la situation dans
un
autre pays. Si la justice belge les condamne,
elle aura prononcé une sentence
contre toute personne solidaire d'une organisation
politique diabolisée arbitrairement
par le pouvoir.
"Deux poids, deux mesures, disions-nous.
On a modifié, il n'y a pas très
longtemps, la loi de compétence universelle
pour éviter que notre Justice ne puisse
poursuivre le Premier ministre Ariel Sharon.
Sous la pression d'Israël et des Etats-Unis,
le gouvernement s'est soudainement rendu compte
que notre pays ne pouvait pas être le
juge universel sur Terre. Par contre, quand
il s'agit de communistes, cette forte conviction
disparaît.
Qui plus est, ce procès et son verdict
auront d'indéniables répercussions
au niveau international. En condamnant,
en
Belgique, des opposants au régime
turc, le signal sera clair : la Belgique
se montrerait d'accord d'activement participer à
la guerre totale, aux côtés
des USA et de la Turquie
, contre
tous ceux qui s'opposent à l'oppression.
Ce procès nous concerne
tous car il engage l'avenir de nos libertés
fondamentales !
Réagissons ; la démocratie,
c'est nous
Soyons tous présents à Gand
le 7 novembre prochain