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À lire absolument notre nouvelle et très complète brochure «Kimyongur Bahar : Le dossier à charge»
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Un seul pas suffirait pour arrêter le compteur macabre !
Avant son incarcération, Bahar Kimyongür avait lancé un appel urgent à la constitution d'une délégation internationale en Turquie en vue de sauver la vie de l'avocat des droits de l'Homme Behiç Asçi, en grève de la faim depuis plusieurs mois en protestation pour les conditions de détention de ses clients. Il fut écouté mais Maître Asçi se débat encore entre la vie et la mort. Faisons du geste généreux de Bahar une victoire : Soutenons sa campagne ! [Lire]

 


L’«affaire DHKC»… pour les nuls

[12/05/2009] Le 25 mai prochain, à la Cour d'appel de Bruxelles, le «procès DHKC» recommence à zéro. Pour la quatrième fois !

A moins de deux semaines de l'événement, il devient donc urgent de se remémorer les moments essentiels de cette saga judiciaire. Nous publierons prochainement, à cette fin, un document qui décortique finement les différents verdicts prononcés à l'encontre de Bahar Kimyongür et de ses co-inculpés. Mais pour l'heure, sans pour autant prendre cette affaire à la légère, nous avons souhaité commencer en douceur, par quelques «traits d'humour».

Voici donc un texte, usant d'un ton léger et agrémenté de nombreuses images, qui rappelle, sans prendre la tête, certains faits saillants ayant émaillé l'affaire DHKC. Gardez-le à l'esprit : ce petit pamphlet, volontairement caricatural et satirique, n'est pas à prendre au premier degré. En imaginant un face-à-face entre Bahar, «le militant intègre» et «J. Dubbleyou Pitbull», un policier qui le persécute, il vous permettra simplement de revenir, avec le sourire –sans pour autant oublier l'indispensable mobilisation qu'il doit susciter–, sur un dossier qui marque l'actualité judiciaire belge depuis des années, un dossier plein de rebondissements qui concerne les droits et les libertés de chacun d'entre nous.


Quand on s’intéresse à l’affaire DHKC, on se demande d’abord ce que peut bien vouloir signifier ces initiales bizarres : D. H. K. C. ? Et quand vous posez la question à quelqu’un qui prétend s’y connaître en politique turque, il vous annonce, sur un ton professoral, qu’il est persuadé qu’on articule : «D. H. K. P. C.» !
Pour être cash, on s’en fout de ce que ça veut dire. Car il n’y a, en réalité, qu’une seule chose à retenir quand on parle de l’affaire DHKC : c’est qu’elle concerne chacun d’entre nous.
  tarnac

«DHKC», c’est bien peu vendeur comme titre pour un feuilleton judiciaire. Dans sa version américaine, on l’aurait certainement sous-titré : «War on terror: le combat du Bien contre le Mal». Et une voix off vous aurait avertis : «Aujourd’hui spectateur… Demain, il se pourrait bien que ce soit vous qui vous retrouviez sous les feux des projecteurs...»

Quand on s’intéresse à l’affaire DHKC, on a bien vite le sentiment de plonger au cœur d’une série américaine.

Au casting, dans le rôle du policier, le célèbre «Jojo Pitbull», avec son look d’agent spécial du FBI. Ses classes, il les a faites dans les rangs des conservateurs flamands. Toujours à l’affût, il a d’abord participé à la rédaction de la loi «anti-criminels». Inlassable traqueur, il s’est vu ensuite propulsé «Public prosecutor».

Le super flic est un fin limier qui, pour protéger «les intérêts de la société», chasse les bandits à travers tout le pays

jojo  
Ah ! Le décor planté vous paraît familier. Vous croquez dans des chips au paprika en attendant impatiemment qu’on vous présente le méchant. Mais rapidement, vous découvrez un scénario inhabituel, pour le moins inattendu, de plus en plus dérangeant même.

Purée, mais on n’est pas du tout dans un thriller réalisé à Hollywood. On est plutôt dans une série B, produite, les mains pleines de graisse à frites, dans des studios en Belgique.

Nom di Djeu ! Mais c’est l’enquêteur qui fait peur ! Bien loin d’accomplir sa mission, de servir et de protéger la population, il semble s’acharner à traquer des innocents.

La principale victime du Public prosecutor Pitbull se nomme d’ailleurs Bahar Kimyongür. Ce jeune bruxellois ne le sait pas encore –il vaque toujours à ses occupations habituelles– mais, il court au devant d’un grand danger.

Tapis dans l’ombre, l’accusateur public, qui se fout bien de la veuve et de l’orphelin, conserve encore à la bouche le goût enivrant de sa dernière proie. Les oreilles aux aguets, le pitbull du service «antiterroriste» est prêt à prendre tous les risques car il a bel et bien flairé une piste…

Bahar, c’est le gars trop sympa, celui dont tout le monde rêve de devenir l’ami. Quand, les doigts glissant sur un saz, il entonne une complainte anatolienne, Bahar n’a pas son pareil pour conquérir son auditoire, pour vous serrer le cœur. Quand il vous emmène pour la première fois dans sa famille, sa maman vous accueille comme son propre fils, chaleureusement, en vous gâtant de mets exotiques tous plus délicieux les uns que les autres. Bahar est l’aîné de quatre enfants. Ses parents sont arrivés pour travailler en Belgique dans les années ’60. Sa sympathique petite famille est issue d’une minorité arabe alaouite du sud de la Turquie et rien que ça, c’est déjà toute une aventure.
  bahar

Dans les rues de Bruxelles, vous avez certainement déjà dû l’apercevoir, le croiser, peut-être même lui avez-vous, un jour, parlé. Toujours un sourire aux lèvres, armé seulement d’un regard vert et perçant, Bahar respire la vie. En sa présence, deux sentiments vous étreignent : Bahar inspire confiance et respect. La seule ambition du trentenaire, quand il parcourt manifestations et rassemblements : rester aux côtés des petites gens, de ceux dont la souffrance le révolte tant. Son unique souhait, dans les travées des assemblées et des colloques : garder la main sur le cœur, faire rimer «rage» et «partage» ; ne jamais oublier d’où il vient, ne jamais trahir les siens et, par dessus tout, faire vivre la Solidarité, à la manière dont il croque lui-même dans la vie.

L’objectif ultime de Bahar ? Ne pas rester spectateur, tenir son rôle dans l’avènement d’une Turquie respectant ses minorités et soucieuse de son peuple. La nuit, au rythme d’un léger ronflement, Bahar rêve sans aucun doute d’une Anatolie démocratique et sociale.

Pour dire vrai, depuis tout petit, il adore les histoires avec des drapeaux rouges et des grands défilés de travailleurs. Ne le dites à personne mais il a reçu des places gratuites et trois fois de suite, il a été se régaler à visionner le film du Che !

lutter ou crêver  
A ce moment-là de l’aventure, on entend dans la salle, plusieurs membres de l’assistance rouspéter, en s’exclamant que ça va être une histoire à l’eau de rose et il demeure encore quelques personnes plutôt naïves, mal informées ou bien «fleurs bleues» qui pensent assister à une coproduction belgo-turque d’un remake de La petite maison dans la prairie. Mais les spectateurs avertis, eux, ont déjà compris. Bien calés dans leur siège de cinéma, ils crient à Bahar : «Fais attention, Bahar. Mais ferme-la donc, mon pote ou tu vas te faire capter par leurs chiens policiers». Mais c’est déjà trop tard, car c’est quand même vrai qu’il a un peu cherché les emmerdes. C’est vrai quoi, il exagère Bahar, à venir perturber au Parlement européen le discours d’un ministre turc, lui qui essayait justement de faire croire que son pays répondait aux normes démocratiques de l’Union.

Mais oui, il a vraiment déconné, Bahar, à organiser, pour des parlementaires belges, plusieurs visites des geôles turques. Car la Turquie, elle aime bien qu’on parle de ses belles plages.

Par contre, son gouvernement n’apprécie pas du tout qu’on dénonce les actes de torture perpétrés dans ses prisons, les exécutions sommaires d’opposants politiques -commises en pleine rue ou dans les commissariats-. Et la Turquie, elle l’a fait clairement comprendre à ses amis belges. Oui, Bahar, il a bien foiré et il peut vraiment avoir la frousse : l’Etat belge a mis Jojo Pitbull à ses trousses.

  opression

Jojo, il n’attendait que ça : le rôle de sa vie, la consécration, fruit d’un parcours sans faute. Depuis plusieurs mois déjà, il ne dort plus et a mis ses meilleurs éléments au travail, à écouter, filer, photographier Bahar et ses amis.

bush  

Jojo, il ne se tient plus : il vient de recevoir un tout nouveau joujou pour sa panoplie, une arme fatale, un arsenal répressif hi tech, importé des USA. Démodée la combinaison métallique des robocops !

The Public prosecutor dispose désormais de super pouvoirs : le voici drapé d’une toge noire, dont le pourtour est brodé des termes exacts de la nouvelle loi «antiterroriste».

Dans les couloirs des tribunaux, on s’écarte respectueusement quand il passe et sur toutes les lèvres est chuchoté le nouveau surnom de celui qui jette ses ennemis, un à un, en cellule. Laissez passer, c’est bien lui, devant vous se dresse le grand Jojo «Dubble you» Pitbull.

L’attaque fut rapide, brutale ; la proie, dans un premier temps, ne semblant même pas se débattre. C’est que le combat était vraiment trop inégal. «Bahar Kimyongür, vous êtes le chef d’une organisation terroriste» avait aboyé the Public prosecutor et un juge avait condamné le héros de notre histoire à quatre ans de prison. «En plus, j'ai des preuves –avait grondé Jojo– comme cette photo démontrant le penchant de l'inculpé pour le crime dès sa petite enfance».

On peut se douter de ce que vous marmonnez et pourtant, les avocats de Bahar n’avaient pas été mauvais. Ils avaient argué que «non, Bahar n’avait jamais commis ou imaginé commettre le moindre acte de violence et que non, exprimer une opinion contestataire ou s’organiser pour être en mesure de la faire entendre, ne constituent pas des actes délictueux.»

Peu importe, ça n’avait pas fait le poids face aux arguments massues assénés par l’accusation pour assommer la Cour. Une vraie tête de mule, Jojo Pitbull ! D’après lui, traduire un communiqué d’une organisation communiste turque équivaut à revendiquer un attentat d’Al Qaeda. Et qui accepterait de voir la nébuleuse islamiste agir de la sorte dans la capitale de l’Europe ? Mon Dieu, personne ! Donc, Bahar Kimyongür doit bien aller en prison ! «CQFD», fin de la démonstration.

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Calomnié de la sorte, Bahar, c’est le peu qui lui reste d’ailleurs, est laissé en liberté, le temps que son cas soit réexaminé par une Cour d’appel. Mais plusieurs de ses amis, qualifiés de malfaiteurs par l’Etat belge, sont eux directement incarcérés ; les quelques protestations citoyennes contre le jugement passant inaperçues.


titom

Petite digression dans le scénario : en Belgique, la police n’est pas seulement méchante et cruelle, elle est également bête et ridicule. Le monde entier en est de toute façon persuadé depuis que Dutroux s’est échappé alors qu’il était entre les mains des Dupond et Dupont.

Mais dans l’affaire DHKC, ce n’est, cette fois, pas moins de 32 policiers qui vont faire étalage de leurs talents. Ils sont 32 à la surveiller. Et c’est à 32 qu’ils ont laissé se volatiliser Fehriye Erdal. Tenez-vous bien : la jeune turque a pris la poudre d’escampette en grimpant dans un tram ! Les T 4000 de la STIB sont peut-être hyper-puissants mais bon, c’est quand même une honte internationale que la police belge s'est une nouvelle fois tapée. En tous cas, le régime turc n’a pas apprécié.

Ce petit moment d’humour belge a certainement permis au public de se détendre et de reprendre ses esprits, tant mieux. Car c’est là que le spectateur va s’apercevoir de la vraie nature de J. «Dubble you» P... En langage familier, on appelle ce qu’il a fait : un coup de pute. C’est ça, un vrai coup de pute, il n’y a pas d’autre terme. Ah si, dans le jargon judiciaire (car il s'agit bien d'un délit), on parle de «collusion de fonctionnaires».

 

Sachant qu’Ankara a délivré à l’encontre de Bahar un mandat d’arrêt international (ce dont le principal intéressé n’est pas informé) –en expliquant notamment que «Bahar est un terroriste puisque qu’il a été condamné par l’Etat belge comme terroriste»–, la Belgique va tenter d’organiser l’extradition de Bahar vers la Turquie. Légalement, elle ne peut pas extrader l’un de ses ressortissants. Qu’à cela ne tienne, pour plaire aux autorités turques, elle va le faire illégalement !
 
Dans les bureaux du Ministère de l’Intérieur est minutieusement préparé le complot. Autour de la table sont assis des représentants des plus hautes autorités de l’Etat. Préside la réunion secrète un émissaire de la ministre de la justice en personne. Les coudes sur la table, Jojo Pitbull récapitule le plan qu’ils ont échafaudé pour livrer Bahar.

Bahar, qui se rend à un concert aux Pays-Bas, sera arrêté «par hasard» par la police hollandaise lors d’un contrôle de routine et «comme par hasard», les policiers découvriront alors qu’il est recherché par la Turquie. «Génial, le plan, De Jojo. Allei les gars, au travail !»

«OK, Tango, Charlie, message reçu 5 sur 5». Les manœuvres machiavéliques des Derrick belges débouchent, comme prévu, sur l’arrestation aux Pays-Bas de Bahar. Pendant 67 jours, il va rester détenu en attendant que la Hollande statue sur son sort. Bahar sera-t-il livré aux tortionnaires turcs dont il dénonce, depuis des années, les crimes ?

Caramba, encore raté ! La police belge est dans ses petits souliers. Les comploteurs sont démasqués car le spectateur neutre a choisi son camp. Des milliers de citoyens signent des pétitions, se mobilisent et heureusement, Bahar est finalement libéré et revient au plat pays.

Attention Jojo, tu as failli te faire capter ! Il ne te suffisait pas de représenter l’Etat contre un simple fils d’immigré. Pour être sûr de gagner, tu organises en plus une réunion secrète visant à commettre un acte illégal. En Belgique, tu le sais bien car c’est ton métier, tout inculpé à droit à deux procès. Mais pour toi, Jojo, le sort de Bahar était déjà scellé car ton jugement à son encontre est sans appel. Mort ou vif, muselé ou torturé, Bahar doit se taire, rentrer dans le rang.
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Mais shérif, prends garde, tu es en train de perdre le soutien du public dont le cœur penche de plus en plus du côté des indiens. C’est que la Belgique n’a pas de quoi être fière de son champion : le grand Jojo, qui prétend défendre la société contre «Bahar le méchant criminel basané», est celui-là même qui transgresse les lois.

Le procès en appel de Bahar, celui auquel Jojo Pitbull ne voulait pas qu’il puisse assister, sera le nouveau terrain d’affrontement du Bien contre le Mal. A visage découvert, J. W. P. avance et, déchaîné, il ne fait qu’une bouchée de Bahar. Le juge se révèle encore plus sévère que le premier et condamne Bahar à cinq ans fermes. Aucun des arguments de la défense n’est retenu. La voix monocorde de Jojo tonne et résonne : «Bahar Kimyongür parle arabe, il a déjà été en Syrie !». «Godferdoum» s’exclame le juge, pas de quartier : Bahar est immédiatement arrêté. Il est transféré en cellule d’isolement où il partage le sort de ses amis incarcérés depuis le verdict de première instance.

C’est pas Prison break, c’est Gent-anamo… Scènes navrantes, dramatiques derrière les barreaux de Bruges et de Gand : tous les quarts d’heure, Musa, Kaya et Sukriye sont réveillés par un spot de 80 watts, placé au-dessus de leurs lits. «C’est interdit» doivent répéter, à cinq reprises, les tribunaux en exigeant que l’Etat belge cesse ces traitements inhumains et dégradants. Après les premières remontrances, l’administration pénitentiaire avait changé, à regrets, les ampoules. «Petits joueurs», il n’y avait plus désormais que 60 watts et ils n’étaient plus projetés de manière intermittente dans la figure des bandits. Non, maintenant ils restaient allumés en permanence ! Etat illégal ? Bahar restera détenu pendant plus de cinq mois dans les prisons de Gand et de Nivelles.

palais 190407  

Mais c’est à ce moment qu’à lieu un nouveau coup de théâtre dans la saga judiciaire consacrée au DHKC. La plus haute juridiction belge casse les deux jugements condamnant Bahar et ses amis, pour partialité du premier juge. En effet, il apparaît que Jojo Pitbull a, une nouvelle fois, essayé de gruger le public.

Aux yeux des gens, J. W. P. devient d’ailleurs de plus en plus antipathique. C’est qu’on vient d’apprendre qu’il a fait en sorte que ce soit un juge qu’il connaît bien qui statue dans le premier procès DHKC. Vous voyez, c’est un peu comme si en football, une équipe achetait l’arbitre pour être sûre de gagner le match.

Mais, chose étonnante, dans le cas qui nous préoccupe, aucune rétrogradation n’a été décidée : aucune sanction n’a été prononcée à l’encontre du Public prosecutor hors-la-loi.

Pire, il est bel et bien toujours en service, prêt à s’acharner sur Bahar. On vous avait prévenus : Jojo, il n’est pas très «sport».

Mais à cet instant du récit, la police, la répression, les pitbulls et tout le reste, ça n’a vraiment plus d’importance. Youhou ! Bahar et ses amis sont libres ! Ils peuvent à nouveau respirer l’air frais et ne se font pas prier pour s’époumoner et crier à tue-tête : «De Bruxelles à Ankara, on est en lutte contre les terrorismes d’Etat».

Survient alors un nouveau rebondissement dans l’histoire. Alors que tout le monde imagine qu’une nouvelle fois, les arguments aiguisés du Public prosecutor vont faire mouche, un nouveau tribunal -mis sur pieds pour rendre un nouveau verdict sur le fond de l’affaire DHKC- décide d’acquitter Bahar. Pour les juges qui ont étudié le dossier, aucun des faits reprochés à Bahar ne relève du terrorisme.
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Au contraire, il s’agit d’actes légaux, d’une militance protégée par la liberté d’expression et la liberté d’association. Dans la salle, les gens en ont les larmes aux yeux. Quel soulagement ! Aucun des militants ne retournera en prison.

anvers  

C’est la queue entre les jambes que Jojo Pitbull s’en retourne donc chez lui. Dans son salon, il tourne en rond, furibond. «Inacceptable» se répète-il sans cesse. Rageur, the Public prosecutor se pourvoit en cassation. Les juges le soulagent rapidement en déclarant que l’acquittement de Bahar doit être cassé.

Rien n’est surréaliste dans le code pénal     belge :    soyez    dorénavant

conscients qu’il n’est pas nécessaire de commettre un acte illégal pour être un terroriste dans notre pays et soyez rassurés, c’est certifié par la Cour de Cassation. Dire que certains magistrats avaient failli casser le joujou de Jojo ! Sa belle loi antiterroriste «made in USA» allait être rendue caduque, inefficace, impuissante. «Inacceptable» avait clamé the Public prosecutor.

C’est ce qu’il est venu répéter, quelques temps plus tard, aux parlementaires et ceux-ci l’ont très bien compris. C’est qu’on les oblige à travailler tard nos bons mandataires. Ils ont désormais pour mission d’évaluer la loi «antiterroriste», celle qu’ils ont massivement votée, sans même pas réfléchir, quelques années auparavant.
  cagoulés

Pas la peine de s’attarder à mentionner qu’ils ne sont pas près de la réformer, ni encore moins de l’abroger, la loi liberticide, celle qui permet de condamner comme des bandits, les militants, les opposants politiques qui critiquent le (dés)ordre établi.

En dépit des nombreuses protestations émanant de la société civile, ça ne dérange, en fait, pas du tout nos élus d’être en retard d’une guerre. Plus frileux et réactionnaires que le peuple américain qui a éjecté Bush et sa doctrine autoritaire, ils semblent continuer à apprécier, à siffloter la rengaine néo-con de Jojo Pitbull. Allez les gars, continuez à nous prendre pour des cons et surtout, faites-nous frissonner au JT en nous parlant des méchants terroristes, des cochons grippés et des vilains flamands. Ca fera passer le temps… Pas vrai : ça fait une paye qu’on a éteint la télé !

palais

Trop de rebondissements ? Ca ne s’arrête jamais ? C’est une histoire sans fin ? Certains essayent de regarder leur montre et ce n’est pas facile dans une salle où il fait tout noir. De toute façon, ça ne sert à rien. L’heure de la victoire n’a pas encore sonnée. Tout le monde aimerait bien aller se coucher ou s’intéresser à autre chose, ne pas se contenter de défendre des acquis mais bien plutôt passer à l’offensive. Mais non, pas de chance, ce n’est pas encore la fin de l’histoire. On pourrait même dire qu’elle ne fait que commencer ! Car, le procès DHKC, le procès contre Bahar et ses amis Musa, Kaya, Sukriye… va une nouvelle fois repartir de zéro.

Vraiment trop longue cette saga judiciaire ! Et pourtant, on aurait pu encore ponctuer un épisode de l’Inspecteur Harry de plusieurs scènes efficaces. Feintes de flics : Bahar avait été emmené à la prison une cagoule sur la tête et du hard rock allemand à plein tube dans les oreilles. Les racistes s’esclaffent : son épouse, née en Turquie, se voit refuser la nationalité belge puisque son mari est jugé comme terroriste… Mais, à la fin, ç’aurait paru exagéré, vous auriez fini ballonnés, proches de l’overdose.

Sensation de dégoût ? Le problème, c’est que l’affaire DHKC, c’est exactement ça ! Comment qualifier l’attitude du Public prosecutor Jojo Pitbull, sinon à parler d’acharnement ? Comment ne pas être ému par le sort réservé à Bahar qui est papa d’un adorable petit garçon de 10 mois et qui risque toujours jusqu’à 7 ans de prison ?

Le ton léger de ce pitch ne doit donc pas nous faire prendre cette affaire à la légère. Vous aurez beau croire que la flamme que Bahar a dans les yeux, personne ne pourra l’éteindre; si jamais il est à nouveau arrêté, il n’y aura pas que lui et son bébé qui pleureront : les larmes perleront sur les joues de tous les spectateurs.

Mais là, mes amis, au cours du générique final, il sera vraiment trop tard pour se lamenter. Ca ne servira plus à rien ! Du fond de la cellule où il croupira, Bahar ne nous entendra pas murmurer, avec Michel Berger : «Derrière des barreaux, pour quelques mots qu’il pensait si fort». Pire, ça sonnera faux car ce sera bel et bien une part de notre humanité qui sera à jamais emprisonnée.

Allez, il faut rigoler quoi. Gageons que tout cela finira en happy end, faisons comme si de rien n’était et dormons sur nos deux oreilles. Pour un temps, on pourra même oublier qu’avec un peu d’avance, Bahar, c’est nous…


Résumé des épisodes précédents : subitement a jailli l’uppercut, enchaîné d’un direct du droit : Bahar a failli se retrouver au tapis. Mais il a riposté d’un double crochet du gauche. Jojo Pitbull a alors sorti son arme favorite : le coup bas… Maintenant, le gong retentit à nouveau. C’est le début d’un nouveau round, c’est l’alarme. Dans le public, chacun aura reconnu son héros. En fait, à bien y réfléchir, ce n’est pas une question de personne mais chacun aura choisi son camp…

Bahar versus Jojo : un nouvel épisode de la guerre du «Bien contre le Mal» ? Bahar et Jojo Pitbull, deux figures, deux symboles de la lutte ancestrale du faible contre le fort ? C’est trop caricatural ? Peut-être, mais alors pas autant que les raccourcis du pitbull des prétoires, du Public prosecutor qui plaide au tribunal comme un journaliste commente l’actualité sur Fox News.

Assez ! Vous faites remarquer que vous ne connaissez pas Bahar et que vous vous foutez pas mal de son sort. Ok, mais à la fin de l’histoire, vous savez qui va se faire avoir ? Vous n’avez pas encore compris ? Mais les gars, c’est vous qui êtes maintenant fichés !

fuite  

Et d’ailleurs, si vous parcourez une ligne supplémentaire de ce texte, vous serez prochainement accusés de soutien au terrorisme international. Chiche ?

L’Union européenne vient d’adopter une directive contre «l’apologie du terrorisme», sanctionnant non pas des actes mais des opinions. Vous n’avez toujours pas percuté ? C’est pourtant élémentaire : vous êtes en possession d’un document qui vante les mérites d’un individu qualifié par un super-flic de «chef d’une organisation inscrite sur les listes européennes des terroristes», la liste américaine quoi ! Pour l’Etat, il n’y a pas de mystère, vous êtes en train de devenir une menace… Rien à ajouter : l’affaire DHKC, c’est un truc de ouf et notre société, un putain de monde pourri !


Le 25 mai 2009 recommencera le procès DHKC à la Cour d’appel de Bruxelles… pour la quatrième fois. Bahar et ses amis ne sont pourtant ni des malfaiteurs, ni des criminels, ni des terroristes. C’est lassant de devoir toujours répéter le même refrain mais s’exprimer, s’organiser, contester, bon sang, ça n’a rien à voir avec du terrorisme !

On ne fait pas notre cinéma : on est les acteurs de nos vies. On n’a plus du tout envie de rire car il faut se serrer les coudes. On a juste envie de pleurer ; tant pis, il faudra garder les coudes serrés…

Le 25 mai 2009, dès 8 heures 30, des citoyens se rassembleront devant le Palais de Justice de Bruxelles… pour contrôler le travail des juges, pour surveiller le procureur fédéral, pour écrire une nouvelle page d’histoire dans le grand livre de la Démocratie. Nous serons là, aux côtés de Bahar et de ses amis, parce qu’il n’y a pas qu’au cinéma que l’on peut vivre des moments de pur bonheur et admirer les visages dignes d’hommes et de femmes qui luttent pour ce qu’ils possèdent de plus cher : leur Liberté !

hollande

Vous voulez connaître les tenants et aboutissants de l’affaire DHKC, vous souhaitez suivre au quotidien l’évolution du procès à Bruxelles, alors cliquez sur le lien www.leclea.be/ , le site du Comité pour la Liberté d’Expression et d’Association.




Le Clea est un collectif citoyen visant à promouvoir un débat critique sur les nouvelles législations antiterroristes. Le cas de Bahar Kimyongür est exemplaire à cet égard. En vertu de ces nouvelles dispositions, non seulement les libertés d'expression et d'association sont mises à mal mais, en plus, l'avenir d'un homme qui n'a commis aucun délit et comdamné aujourd'hui à cinq ans de prison ferme, est gravement compromis.  
 
 
 

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Il est le symbole des dangers que la lutte contre le “terrorisme” fait peser sur nos libertés

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«Un citoyen belge livré pour des raisons électoralistes à un régime pratiquant la torture ?»

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Actualité de Huxley
«(...) au moyen de méthodes toujours plus efficaces de manipulation mentale, les démocraties changeront de nature. Les vieilles formes pittoresques – élections, parlements, hautes cours de justice– demeureront mais la substance sous-jacente sera une nouvelle forme de totalitarisme non violent. Toutes les appellations traditionnelles, tous les slogans consacrés resteront exactement ce qu'ils étaient aux bon vieux temps. La démocratie et la liberté seront les thèmes de toutes les émissions (...) et de tous les éditoriaux mais (...) l'oligarchie au pouvoir et son élite hautement qualifiée de soldats, de policiers, de fabricants de pensée, de manipulateurs mentaux mènera tout et tout le monde comme bon lui semblera.»
Aldous Huxley, Retour au meilleur des mondes
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