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Ce 5 octobre 2011, un appel pressant du Clea, cosigné par 60 personnalités, s'inquiétant du sort dramatique d'Ali aarrass sera remis au ministre belge des affaires étrangères
Communiqué de presse du Clea - 04/10/2011 [ce texte en version pdf] [nl]

Le mercredi 5 octobre à 10 heures 30 devant le Ministère des Affaires étrangères, rue des Petits Carmes 15, à 1000 Bruxelles, nous vous invitons à une conférence de presse impromptue, imposée par le sort dramatique qu’endure Monsieur Ali AARRASS : en effet, ce ressortissant belge est la victime d’une parodie de procès au Maroc, alors qu’il y a été sauvagement torturé en prison. Le 5 octobre, une délégation ira remettre –au Ministre Steven Vanackere– un Appel pressant cosigné par 60 personnalités du monde universitaire, politique, syndical, judiciaire et associatif… (voir ci-dessous), exprimant leurs plus vives inquiétudes. Une action d’autant plus urgente qu’une nouvelle audience dans le «procès Aarrass» aura lieu le jeudi 6, devant la Cour spéciale de Salé…

  Ali Aarrass


À Monsieur le Ministre des Affaires étrangères,
Steven Vanackere.

Monsieur le Ministre,

Par la présente, les soussignées et soussignés tiennent à vous exprimer leurs plus vives inquiétudes. Le sort judiciaire réservé au ressortissant belge, Monsieur Ali Aarrass –emprisonné depuis 1.370 jours– ne cesse, en effet, d’interpeller les citoyens que nous sommes. Plus le temps passe, plus l’accumulation des faits justifie nos craintes, nos appréhensions.

Monsieur Aarras (incarcéré depuis le 22 décembre 2010 à la prison marocaine de Salé –où la police l’a gravement torturé pour tenter de lui extorquer des aveux) est présentement la victime de ce qu’il faut bien appeler une parodie de procès. Tout indique, en effet, que la Cour spéciale de Salé n’a, en la circonstance, qu’une seule préoccupation : faire condamner, «coûte que coûte», Monsieur Ali Aarrass au prétexte de sa soi-disant appartenance à un groupement terroriste.

On rappellera que le ressortissant belge Ali Aarrass (habitant alors dans l’enclave de Melilla, auprès de son père) avait déjà fait l’objet –en Espagne– de plus de deux ans d’enquête par le juge anti-terroriste Baltazar Garzon. Celui-ci avait cependant conclu, en 2008, à l’absence de tout élément ou indice corroborant de prétendus trafics d’armes dans le cadre d’actions terroristes. Cette enquête avait été initiée grâce à des informations transmises aux autorités espagnoles par la police marocaine, informations alléguant une prétendue implication de Monsieur Aarrass dans le dénommé «Réseau Belliraj». Par la suite, le Maroc avait émis un mandat d’arrêt extraditionnel, en 2008, toujours pour des prétendus faits de terrorisme.

Passant outre, de manière extravagante, «les Mesures provisoires» ordonnées par le Comité des Droits de l’Homme des Nations Unies…, Madrid décidait néanmoins d’expulser Ali Aarrass vers le Maroc, le 14 décembre 2010.

Faut-il à nouveau le répéter ? A l’époque, tant les autorités espagnoles que les services attachés à votre Ministère avaient pour ainsi dire justifié cette extradition, arguant des assurances données par les autorités marocaines d’une procédure et d’un procès équitables –respectant les règles de droit et les droits de la défense…

Dès son arrivée sur le sol marocain, Monsieur Aarrass a pourtant été sauvagement torturé par les services secrets marocains (il a fait l’objet d’injections de produits chimiques, de chocs électriques dans les parties génitales, de viols et de nombreux autres sévices inqualifiables). Lorsqu’il est présenté pour la première fois devant un juge d’instruction, Ali Aarrass se trouve d’ailleurs dans un état tel… qu’il est impossible de l’auditionner.

De quoi accuse-t-on Monsieur Aarrass ? D’avoir transporté des armes entre la Belgique, l’Espagne et le Maroc, dans le cadre d’une association terroriste. Or ces accusations reposent uniquement sur les déclarations de personnes qui ont également fait l’objet de tortures…, déclarations qui ne figurent même pas au dossier de la procédure ! Qui plus est, au Maroc même, la police a évidemment recherché, avec toute l’ardeur voulue, des preuves matérielles de ces activités criminelles : autant le préciser… sans aucun résultat.

Maîtres Lahcen Dadsi (du Barreau de Casablanca), Zakaria Louski (du  Barreau de Mekhnès) et Mohamed Jallal (du Barreau de Rabat) ont égrené de manière méthodique et sérieuse les nombreuses illégalités ayant (jusqu’ici) entaché la procédure.

Quel sort le tribunal va-t-il réserver à certains procès-verbaux de la police qui sont manifestement des faux, les dates ayant été grossièrement manipulées afin de tenter, sans succès, de dissimuler la détention arbitraire et cruelle d’Ali Aarrass par les services de Renseignement marocains dès son arrivée sur le sol chérifien ?

Le premier procès-verbal, datant du 15 décembre 2010 mentionne, en particulier, des événements s’étant déroulés les 18 et  20 décembre…

Comment expliquer que, placé en détention et finalement relaxé en Espagne, Monsieur Aarrass soit à nouveau poursuivi au Maroc… pour les mêmes faits ?

Pourquoi aucune investigation de médecine scientifique n’a-t-elle été diligentée concernant les allégations de torture, malgré la plainte formelle déposée auprès de cinq instances marocaines officielles (lesquelles n’y ont donné aucune suite ou accusés de réception)?

Comment concilier les pseudo aveux d’Ali Aarrass en langue arabe dans les procès-verbaux de la police, alors que «l’inculpé» ne connait pas cette langue et que le Tribunal lui a dès lors attribué un interprète ? Etc, etc…

L’ensemble des faits ici répertoriés, les atteintes systématiques au déroulement d’une Justice juste…, tout montre qu’on assiste –en cette affaire– à la volonté délibérée de porter préjudice irrémédiable à l’intégrité physique, morale et psychologique de Monsieur Aarrass.

En conséquence, par la présente, nous vous prions –en tant que représentant du gouvernement de notre pays– d’interroger le Maroc quant à la situation d’un de nos ressortissants ; de solliciter notre Consulat à Rabat afin qu’un Conseiller visite, au plus vite,  Monsieur Aarrass dans sa prison et assiste aux prochaines audiences de son procès pour prendre note, en toute objectivité, de la manière dont il se passe.

Dans l’attente d’une réponse diligente de votre part, nous vous prions de croire, Monsieur le Ministre, en l’expression de notre considération distinguée.

LISTE DES SIGNATAIRES (04/10/2011) :

Farida Aarrass, sœur d'Ali Aarrass
Karim Amezian (association Repère)
Rudi Barnet, consultant audiovisuel
Ginette Bauwens, philosophe
Nadia Boumazzoughe, employée
Sarah Bracke, professeur à la KUL
Jean Bricmont, professeur à l'UCL 
Tasnim Butt, assistante-chercheur(e) à l'ULB
Céline Caudron, porte-parole de la LCR-SAP
Souhail Chichah, chercheur à l'ULB
Youssef Chihab de l'association AFD International
Michel Collon, écrivain et journaliste
Eric Corijn, professeur à la VUB
Eric David, professeur à l'ULB (Centre de droit international)
Jacques Debatty, Président du Mouvement Ouvrier Chrétien de Bruxelles
Ludo De Brabander, porte-parole de l'association Vrede
Lieven De Cauter, philosophe; historien de l'art; auteur
Jean-Claude Defossé, député Ecolo
Céline Delforge, députée Ecolo
Freddy Dewille, conseiller communal Gauche, Anderlues
Anne Dombrecht, Centrale Générale de la FGTB-Namur
Josy Dubié, sénateur honoraire; ancien président de la Commission Justice
Paul-Emile Dupret, juriste et conseiller politique au Parlement européen, auprès du groupe GUE/NGL
Ahmed El Khannouss , député CdH; échevin
Nadia El Yousfi, Député PS
Nadia Fadil, sociologue-chercheur FNRS à la KUL
Daniel Fastenakel, Secrétaire fédéral du Mouvement Ouvrier Chrétien de Bruxelles
Jean Flinker, membre du Comité pour la Liberté d'Expression et d'Association
José Garcia, Secrétaire général du Syndicat des Locataires
Zoé Genot, députée fédérale Ecolo
Myriam Gérard, Secrétaire régionale de la CSC-Bruxelles
Juan Carlos Gonzalez, délégué ACV-CSC
Brahim Harchaoui, de l'Union des Etudiants Arabes de Belgique
Anne Herscovici, députée Ecolo
François Houtart, Fundación Pueblo Indio del Ecuador
Eric Hulsens, professeur honoraire de l’enseignement supérieur, Province d’Anvers
Jamal Ikazban, député PS; échevin
Zakia Khattabi, sénatrice Ecolo
Jean-Pierre Kerckhofs, président de l'Appel Pour une Ecole Démocratique
Rudi Laermans, sociologue à la KUL
Vincent Lurquin, avocat; député Ecolo
Yacob Mahi, théologien; islamologue
Ahmed Mouhssin, député Ecolo
Christine Pagnoulle, enseignante à l'Université de Liège
Serge Pahaut, anthropologue à l'ULB
Jorge Palma, attaché ULg
Mireille Péromet, professeur retraitée
Pierre Piccinin, professeur d'Histoire et de Sciences politiques à l'Ecole européenne de Bruxelles ; maître de stages en Sciences politiques, à l'ULB
Pierre Reynaerts, criminologue au SPF Justice
Stéphane Roberti, président Ecolo du CPAS de Forest
Nordine Saïdi, porte-parole d'Egalité
Christine Schaut, sociologue
Guy Spitaels, Président du PS de 1981 à 1992; docteur en Droit à l'UCL
Guy Tordeur, Secrétaire fédéral de la CSC (BHV)
Frédéric Ureel, avocat
Benoît Van der Meerschen, Président de la Ligue belge des droits de l'Homme
Pierre Van Gehuchten, avocat
Alain Van Praet, délégué de la CSC
Philippe Vansnick, Secrétaire fédéral adjoint de la CSC (BHV)
Luk Vervaet, Campagne Free Ali
Freddy Visconti, délégué syndical de la FGTB Aperam
Grégoire Wallenborn, chercheur à l'ULB
Fatima Zibouh, doctorante en Sciences politiques et sociales


Le Clea est un collectif citoyen visant à promouvoir un débat critique sur les nouvelles législations antiterroristes. Le cas de Bahar Kimyongür est exemplaire à cet égard. En vertu de ces nouvelles dispositions, non seulement les libertés d'expression et d'association sont mises à mal mais, en plus, l'avenir d'un homme qui n'a commis aucun délit, menacé aujourd'hui de dix ans de prison ferme, est gravement compromis.  
 
 

«Ne dites pas à ma mère que je suis militant, elle croit que je suis terroriste»
par Edgar Szoc, Secrétaire général de la Ligue des droits de l'Homme [Lire]


Actualité de Huxley

«Par le moyen de méthodes toujours plus efficaces de manipulation mentale, les démocraties changeront de nature. Les vieilles formes pittoresques – élections, parlements, hautes cours de justice– demeureront mais la substance sous-jacente sera une nouvelle forme de totalitarisme non violent. Toutes les appellations traditionnelles, tous les slogans consacrés resteront exactement ce qu'ils étaient aux bon vieux temps. La démocratie et la liberté seront les thèmes de toutes les émissions (...) et de tous les éditoriaux mais (...) l'oligarchie au pouvoir et son élite hautement qualifiée de soldats, de policiers, de fabricants de pensée, de manipulateurs mentaux mènera tout et tout le monde comme bon lui semblera.»
Aldous Huxley, Retour au meilleur des mondes


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